Il est si difficile trouver les mots lorsqu’il faut dire au-revoir à son papa…mon papa à moi, le 1er homme de ma vie.
Dès que j’ai ouvert les yeux dans ce monde il s’est occupé de moi avec
amour: ainsi lorsque maman terminait ses études à Aix et que nous
l’attendions dans la voiture, moi dans mon berceau, il me donnait mes
biberons, me changeait et prenait soin de moi. A une époque où cela n’était
pas courant pour un père, il le faisait naturellement, simplement parce qu’il
m’aimait.
Quand j’étais enfant, au moment où papa préparait sa thèse d’état, maman
et moi lui apportions souvent à manger dans son laboratoire, parce qu’il travaillait tard. Et alors nous lui demandions, en plaisantant si nous devions aussi lui apporter un lit de camp. Cette anecdote nous faisait rire, mais elle disait si bien qui il était: passionné, absorbé par son travail, entièrement donné à ce qu’il faisait.
Il avait aussi un esprit brillant. Ses passions: la physique et l’électronique. Il a consacré sa vie à comprendre, à apprendre et à transmettre. Maître de Conférence en physique, il donnait des cours à la fac parce qu’il aimait partager ses connaissances, et il poursuivait surtout ses recherches ce qu’il
adorait. Cette soif de savoir et ce désir de transmettre ne l’ont jamais quitté.
Dans la famille son surnom était Guypédia (en référence à Wikipédia), tant ses connaissances semblaient infinies. Peu importait le sujet, lorsque nous avions une question, c’était à lui que nous demandions, bien avant d’aller chercher la réponse sur internet.
Et puis il y avait ce talent incroyable qu’il avait pour redonner vie aux choses. Combien de personnes sont venues le voir avec un appareil que tout le monde pensait irréparable? A chaque fois il me disait « Nathalie, tu sais je ne suis pas sûr d’y arriver… » mais au fond de moi je savais qu’il y arriverait. Quelques jours plus tard, après avoir trouvé les bonnes pièces et passé des heures à réfléchir, la machine repartait comme si de rien n’était. Il a réparé des dizaines d’appareils mais surtout, il a rendu service à des dizaines de personnes parce que papa était comme ça toujours à vouloir rendre service.
Quand il a pris sa retraite, il n’a pas pensé à lui. Il a pensé à nous. Grâce à
lui, j’ai pu créer et faire vivre mon restaurant. Pendant ce temps, il s’occupait avec un bonheur immense de ses petits-enfants, Anthony et Laura. Il allait les chercher à l’école, les aider à faire leurs devoirs, jouait avec eux, les accompagnait dans leurs 1ers pas dans la vie, comme l’aurait fait un père. Ils étaient sa fierté, son bonheur, son trésor.
Papa était Angevin, et lorsque j’étais petite, je m’amusais à lui répéter ce
vieux dicton: « papa Angevin, sac à vin ». Bien des années plus tard lorsque j’ai rencontré Gilles, mon vigneron, il en riait encore. Il était heureux de voir que la vie faisait parfois de si jolis clins d’oeil, heureux de mon bonheur et il aimait Gilles comme un fils.
Il a aussi été très touché par sa rencontre avec Naouelle, la compagne de son petit-fils, et cela l’a profondément rendu heureux. Il a également été très ému que sa petite-fille se confie à lui. Il savait écouter, garder les secrets et inspirer la confiance. A l’inverse, il me citait souvent cette phrase de Pierre
Desproges, qu’il trouvait si drôle: « Les femmes savent garder un secret à
condition de s’y mettre à plusieurs ». Il avait un humour très fin, qu’il
savourait souvent avant même de le partager. Moi, je riais sans toujours en
saisir toutes les subtilités, tant ses plaisanteries étaient « pince sans rire ». Et cet humour il l’a transmis à son petit-fils, ce dont il était très fier.
Il aimait aussi beaucoup les animaux. Lui qui avait passé son enfance
entouré de chiens, entretenait avec eux un lien tout particulier. Les chiens,
comme les humains, l’adoraient. Mes chiennes lui faisaient une fête qu’elles
ne réservaient qu’à lui. Elles le reconnaissaient avant même de le voir et lui savait leur parler. Il avait cette façon unique à lui de bouger les oreilles sans bouger le reste de son visage ce qui intriguait beaucoup mes chiennes, c’était comme un langage secret entre elles et lui. Et enfants, avec mes chers cousins, mes 2 petits frères et ma petite soeur, nous tentions de l’imiter sans jamais y parvenir!
Et puis est venue cette foutue maladie, pendant laquelle il a été si fort, bien plus fort qu’il ne le pensait lui-même. Il a affronté tous les examens avec un courage immense. Il a lutté de toutes ses forces, et nous étions tous si fiers de lui. Nous savons que c’est en grande partie par amour pour nous qu’il a accepté de mener cette bataille. Il s’est battu jusqu’à l’épuisement, et c’est cet épuisement qui l’a emporté si soudainement.
A travers les nombreux messages que nous avons reçus cette semaine, tous
ceux qui ont eu la chance de connaître mon papa témoignent de l’homme
exceptionnel qu’il était. Tous gardent en mémoire sa gentillesse à toute
épreuves, son humour inégalable, sa discrétion, sa simplicité, et son
immense humilité malgré ses connaissances aussi vastes qu’inépuisables, sa fidélité sans faille en amour comme en amitié, sa générosité, sa disponibilité de chaque instant et de cette façon si naturelle qu’il avait de tendre la main et de rendre service à chacun sans jamais rien attendre en retour.
Pour moi il n’a pas seulement été un papa exceptionnel. Il a toujours été
présent à mes côtés. Il a toujours tout fait pour moi, avec un amour sans
limite. J’ai eu la chance d’être sa fille chérie, et je sais combien il m’aimait.
Cet amour je l’ai ressenti toute ma vie jusque’à son dernier souffle.
Il a également été un mari extraordinaire pour ma maman. Leur amour, c’était la rencontre en Algérie, dans un cours de russe, entre 1 petit français et 1 petite syrienne, comme il aimaient à s’appeler. Leur amour était profond, sincère et indéfectible. Ils ont traversé leurs vies main dans la main, dans le respect, la tendresse et le soutien mutuel. Ils formaient un couple admirable.
Papa, tu nous a appris que l’intelligence n’a de valeur que lorsqu’elle est mise au service des autres. Tu nous as appris l’humilité, le travail, la générosité, la curiosité et surtout l’amour.
Tu laisses un vide immense mais tu nous laisses aussi un héritage bien plus précieux que tout: l’exemple d’une vie pleinement réussie entièrement consacrée aux autres.
Tu continueras à vivre dans chacun de nos gestes, dans chacun de nos
souvenirs, dans les valeurs que tu nous a transmises, à moi mais aussi à
mes enfants, et dans l’amour que nous porterons en nous.
Merci d’avoir été mon papa.
Merci d’avoir été l’amour de maman.
Merci d’avoir été ce Grand-père exceptionnel.
Merci d’avoir été toi.
Je t’aime à l’infini et au delà mon papa chéri. Je t’aime pour toujours.
Tu as une place dans notre coeur à jamais.
Au revoir papa.